Lettre ouverte aux animaux

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Le 16 septembre 2014 – Année R+C 3367

 

« On peut juger de la grandeur d’une nation
par la façon dont les animaux y sont traités. »
Gandhi (1869-1948)

LETTRE OUVERTE AUX ANIMAUX

de Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix

Une lettre ouverte aux animaux, alors qu’ils ne savent pas lire ! Quelle idée a priori saugrenue. Mais qui sait ? Peut-être sont-ils capables de comprendre au-delà des mots ce que nous pensons et disons d’eux. Et si vous admettez que l’homme lui-même est un animal, certes hors du commun, alors cette lettre s’adresse aussi bien à vous qu’à eux à travers vous. Je vous invite donc à en prendre connaissance avec ouverture d’esprit et à en faire un support de réflexion…

Du fait qu’ils ont le sentiment d’être supérieurs à toutes les autres créatures, les êtres humains ont tendance à penser que la Terre leur appartient et qu’ils peuvent user de la nature comme bon leur semble, sans rendre de comptes aux règnes dits “inférieurs”. Ils oublient que les premiers hominidés sont apparus il y a environ dix millions d’années, alors que les animaux vivent sur notre planète depuis des centaines de millions d’années. Ils en étaient donc les premiers occupants, et ce sont eux qui ont contribué, de concert avec le règne végétal, à faire d’elle un milieu propice à la vie humaine. Cela veut dire qu’ils ont en quelque sorte préparé notre venue, et que nous leur sommes redevables de l’habiter.

Avant de poursuivre, il me semble utile de rappeler brièvement les grandes étapes qui ont marqué l’évolution de la vie sur Terre. D’après les scientifiques, elle est apparue dans les mers et les océans il y a environ 4 milliards d’années, sous formes d’êtres unicellulaires. Puis elle s’est développée graduellement et a donné naissance à des créatures de plus en plus élaborées : amphibiens, reptiles (dont les fameux dinosaures), oiseaux, mammifères, puis premiers hominidés, depuis le ramapithèque (il y a environ dix millions d’années), jusqu’à l’homo sapiens (il y a environ 300.000 ans), espèce à laquelle nous appartenons, en passant par l’homme de Cro-Magnon, l’homme de Néandertal, etc. L’humanité résulte donc d’un très long processus évolutif qui doit beaucoup aux animaux, pour ne pas dire à l’animalité, au sens le plus noble du terme. C’est ce qui explique pourquoi l’être humain, dans son développement embryonnaire puis fœtal, reproduit les grandes étapes que la vie a suivies au cours de son évolution.

Dès lors que l’humanité est apparue sur notre planète, elle a été tributaire des animaux qui la peuplaient : d’abord pour se nourrir et se vêtir, puis, après en avoir domestiqués, pour se déplacer, transporter des charges, labourer le sol, etc. Sans eux, les êtres humains n’auraient pu ni survivre, ni améliorer leurs conditions de vie comme ils l’ont fait tout au long de l’histoire. Mais plutôt que de leur être reconnaissants et de les respecter, ils en sont venus à les considérer comme des choses mises à leur disposition par la nature, voire par Dieu lui-même. Notons que cette attitude ne fut pas le propre des gens les plus rustres et les moins instruits ; à toutes les époques, des penseurs allèrent en ce sens, ce qui montre à quel point cette infériorisation de l’animal était gravée dans les esprits.

Outre le fait que les animaux contribuent directement ou indirectement à notre nourriture, nombre d’inventions bénéfiques à l’humanité nous ont été inspirées par eux : les bateaux, les sous-marins, les avions, les hélicoptères, les parachutes, les radars, les sonars, le tissage, etc. En effet, c’est bien souvent en les observant et en imitant leur savoir-faire que nous en sommes venus à nous déplacer dans les airs, sur l’eau et au fond des océans, mais également à créer des machines, des appareils et des outils qui ont permis aux êtres humains de progresser dans le domaine de la technologie. Vus sous cet angle, ils sont nos maîtres, et nous avons encore beaucoup à apprendre d’eux.

Certes, et fort heureusement, il y a toujours eu des personnes, toutes races, toutes nationalités et toutes classes sociales confondues, qui ont respecté et aimé les animaux, sauvages comme domestiques. De tous temps, certaines se sont consacrées à les protéger, à les soigner et à les faire mieux connaître. Rappelons qu’il existe une Déclaration universelle des droits des animaux, officialisée en 1978 sous l’égide de l’U.N.E.S.C.O., et que de nombreuses associations ont été créées au cours des dernières décennies dans le but d’œuvrer à la protection animale ; de toute évidence, il faut les soutenir. De son côté, l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix a publié en 2005 une Déclaration des devoirs de l’Homme, où l’on peut lire : « Tout individu a le devoir de respecter les animaux et de les considérer véritablement comme des êtres, non seulement vivants, mais également conscients et sensibles. »

Comme vous le savez, les animaux ont subi et subissent encore la bêtise, l’ignorance et la cruauté des hommes. Depuis les souffrances qui leur sont infligées dans le cadre de pratiques magico-religieuses fondées sur la superstition, jusqu’à celles qui leur sont imposées au nom d’une conception archaïque de la science, sans parler de ceux que l’on abat pour en consommer la chair ou faire de leur peau de luxueuses parures, ils sont des millions à mourir chaque jour dans des conditions plus barbares les unes que les autres. Et si j’admets que l’homme puisse s’impliquer dans la régulation du règne animal afin d’éviter que certaines espèces ne prolifèrent, je ne comprends pas que l’on puisse chasser par plaisir, au point d’élever du gibier destiné à être “lâché” dans la nature la veille de telle ou telle battue. Que dire également de la chasse à courre !

Les pratiques magico-religieuses auxquelles je viens de faire allusion concernent notamment les rites au cours desquels on égorge des animaux qu’on laisse se vider de leur sang, afin de conjurer un sort ou d’en jeter un, d’éloigner un mauvais esprit ou de se l’adjoindre, d’obtenir le soutien des forces du mal ou de les repousser, etc. Il y a également ceux que l’on sacrifie pour obtenir les faveurs de Dieu Lui-même. Pourtant, quelle que soit la conception que l’on ait de Lui, il devrait sembler évident à tout croyant qu’aucun sacrifice de ce genre ne peut Lui plaire, et qu’Il désapprouve toute souffrance infligée inutilement aux animaux.

Est-ce à dire que certaines souffrances subies par les animaux sont utiles ? Non. Disons plutôt qu’il y a des raisons qui justifient que l’on en tue et d’autres non. Au risque de vous étonner, je ne suis pas choqué par le fait que l’on en sacrifie pour se nourrir, car je pense que cela peut répondre à une nécessité et fait partie de l’ordre naturel des choses. À l’état sauvage, nombre d’animaux en tuent d’autres pour se nourrir. On peut le déplorer, mais c’est ainsi. C’est même une nécessité pour éviter la prolifération de certaines espèces, dont la survie serait alors menacée par manque de nourriture ou d’espace vital. La prédation fait donc partie des lois qui permettent à la nature de se réguler et de se régénérer. Dès lors, on peut comprendre que l’homme lui-même tue des animaux pour se nourrir.

Malheureusement, et comme vous le savez, les animaux que l’on tue à des fins alimentaires sont trop souvent abattus d’une manière cruelle, de sorte qu’ils souffrent “inutilement”. Le faire de telle manière qu’ils ne soient pas stressés et ressentent un minimum de souffrances, voire aucune, devrait être une obligation morale et légale. Par ailleurs, il faudrait impérativement que tous les animaux concernés soient élevés au plus près de la nature et, le moment venu, transportés dans les meilleures conditions possibles. Vous conviendrez certainement que s’il en était ainsi dans tous les pays du monde, un très grand pas serait franchi dans le respect de la vie animale. De même, comment ne pas être choqué lorsque l’on sait qu’environ 25 % des animaux abattus ne sont pas consommés, mais livrés à l’incinérateur ?

Précédemment, j’ai évoqué également les souffrances imposées aux animaux « au nom d’une conception archaïque de la science ». Cela concerne évidemment ce que l’on désigne sous le nom d’ » expérimentation animale » ou de « vivisection », sans parler des « tests en cosmétique ». De telles pratiques sont aussi inutiles que barbares : inutiles, parce que la manière dont l’animal martyrisé réagit est dans la très grande majorité des cas non transposable à l’homme ; barbares, parce que les expériences pratiquées lui causent un stress et des souffrances extrêmes dont nous devrions avoir infiniment honte. Mais là encore, il faut être réaliste : il est parfois nécessaire de faire certaines opérations sur des animaux avant de les pratiquer sur les êtres humains. Ce doit être tout à fait exceptionnel et, dans ce cas, il est impératif de veiller à ce qu’ils souffrent le moins possible, comme on est censé le faire lorsque l’on opère une personne dans un hôpital ou une clinique.

Que dire également des animaux que l’on tue ou mutile partout dans le monde, sous prétexte que leur chair, leurs nageoires, leurs cornes, leurs os, leur queue, leur bile ou toute autre partie de leur corps sont aphrodisiaques, augmentent la force physique, rendent plus intelligents, accroissent la durée de vie, guérissent le cancer ou le sida, et autres aberrations. Comme il est triste et affligeant de voir que des millions de personnes, et même des milliards, croient encore en de telles superstitions et participent ainsi au massacre et à la mise en captivité d’espèces animales souvent rares et vulnérables. Malheureusement, il faudra beaucoup de temps pour leur faire comprendre que ces croyances n’ont absolument aucun fondement et que leur caractère “traditionnel” est une imposture. Dans cet ordre d’idée, comment peut-on apprécier les corridas, les combats de coqs, et autres “traditions” barbares ?

La question de savoir si les Rosicruciens sont végétariens m’est souvent posée, notamment en conférence. La réponse est : « certains oui ; d’autres non ». Dans ce domaine comme dans tous ceux qui concernent la vie privée, l’A.M.O.R.C. laisse ses membres totalement libres de leurs choix. Certains consomment de la viande ; d’autres non. J’ajouterai que le végétarisme n’est pas une nécessité pour mener une quête spirituelle et n’est pas un critère d’évolution en la matière. C’est ce qui fit dire au Maître Jésus, pour ne citer que lui, que « ce n’est pas ce qui entre dans sa bouche qui souille l’homme, mais ce qui en sort » (à travers les mots qu’il dit). La plupart des végétariens que je connais le sont, soit parce que cela convient mieux à leur santé, soit parce qu’ils prennent ainsi position contre les mauvais traitements infligés aux animaux, ce que l’on ne peut que respecter et approuver. Sans pour autant militer en faveur du végétarisme, je pense que l’humanité aurait tout intérêt à réduire sa consommation de viande, ne serait-ce que pour des raisons écologiques.

Après ces considérations générales, je souhaiterais aborder un aspect plus mystique de la condition animale. Contrairement à ce que pensent la majorité des gens, y compris parmi ceux qui aiment et respectent les animaux, ils ne forment pas un règne fondamentalement distinct du règne humain. D’un point de vue rosicrucien, ils sont, à l’instar des êtres humains, des véhicules de l’Âme universelle et de son attribut majeur : la Conscience universelle, telle qu’elle s’exprime sur Terre à travers toutes les créatures vivantes. C’est pourquoi, à des degrés divers et sous des formes différentes, ils sont sensibles et intelligents. Pour s’en convaincre, il suffit de songer à la manière dont ils se protègent des prédateurs, trouvent leur nourriture, chassent leur proie, construisent leur nid, agencent leur tanière, élèvent leurs petits, etc. Très souvent, on attribue cela à leur instinct. Mais en fait, ce que l’on appelle « instinct » n’est autre que l’expression de la Conscience universelle à travers les animaux.

À propos des animaux les plus évolués, il ne fait pour moi aucun doute qu’ils possèdent une âme qui en est venue à s’individualiser au fil du temps. Il en est ainsi de ceux qui vivent au contact direct des hommes, tels les chiens, les chats, les chevaux, les ânes et autres animaux domestiques, mais également des singes, des éléphants, des baleines, des dauphins et autres animaux sauvages. Tous ont en commun d’être conscients, non seulement de leur environnement, mais également d’eux-mêmes. En cela, la conscience de soi n’est pas l’apanage des êtres humains, même s’il est indéniable qu’elle est particulièrement éveillée chez eux, au point qu’ils sont capables de raisonner, d’analyser, d’imaginer, d’extrapoler… (ce qui est probablement le cas également des animaux les plus évolués), mais également et peut-être surtout de réfléchir sur eux-mêmes et sur leur condition.

Si vous faites partie des personnes qui ont un chien, un chat ou un autre animal dit de compagnie, je ne doute pas que vous ayez acquis la certitude qu’il a conscience de lui-même et, comme on le dit familièrement, qu’il ne lui manque que la parole. Mieux encore, vous avez pu constater qu’il possède un “sixième sens” qui lui permet de ressentir les ambiances et les états d’âme de ceux et celles qui vivent à ses côtés. Lorsque j’étais enfant, nous avions un chien que j’aimais beaucoup et qui, de toute évidence, m’aimait aussi. Lorsqu’il m’arrivait d’être triste ou mélancolique, il venait me voir et me regardait dans les yeux, comme pour me réconforter. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il s’agissait là d’une communion spirituelle, d’un échange d’âme à âme.

Tout comme la conscience de soi, l’amour n’est en aucun cas l’apanage de l’être humain. Indépendamment de l’exemple personnel que je viens d’évoquer, nous avons tous lu ou entendu des récits authentiques qui le prouvent : des chiens qui se sont laissés mourir sur la tombe de leur maître, des chats qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour retrouver leur famille d’adoption, des chevaux qui ont ramené leur cavalier blessé à l’endroit d’où ils étaient partis… Mais on aurait tort de se limiter aux animaux domestiques. Des loups ont élevé des enfants (ce n’est pas une légende), des gorilles ont fraternisé avec des êtres humains (parmi lesquels Diane Fossey), des dauphins ont sauvé des navigateurs, etc. Assurément, les animaux sont capables d’aimer et de faire preuve d’empathie, et même, j’en suis convaincu, de compassion.

On entend parfois parler de la cruauté de certains animaux, notamment de ceux qui vivent à l’état sauvage. C’est là un non-sens, car aucun d’eux, y compris parmi les prédateurs, ne s’en prend à un autre dans le but délibéré de le faire souffrir. S’il l’attaque, c’est pour se nourrir, se protéger, défendre son territoire ou pour toute autre raison liée à sa survie ou à celle de ses petits. De même, lorsqu’un requin, un crocodile, un ours, un serpent ou autre blesse gravement un être humain ou même le tue, c’est par instinct de prédation ou de défense. En cela, ils peuvent se montrer, non pas cruels, mais dangereux. En fait, seuls les humains sont capables de faire preuve de cruauté envers leurs congénères et les animaux. Cela s’explique par le fait qu’ils disposent du libre arbitre et qu’ils peuvent l’utiliser d’une manière négative, au point de commettre des actes indignes de leur statut.

Comme la plupart des Rosicruciens, j’adhère à la réincarnation. Autrement dit, je pense que tout être humain possède une âme qui se réincarne régulièrement jusqu’à ce qu’elle ait atteint l’état de sagesse, but ultime de son évolution spirituelle. En revanche, la métempsycose, qui consiste à croire qu’un être humain peut revivre dans le corps d’un animal pour expier ses erreurs, me semble totalement infondée, ne serait-ce que parce qu’elle est en opposition avec la loi qui prévaut sur Terre et dans l’univers : l’Évolution. À l’inverse, je pense qu’un animal suffisamment évolué peut franchir à un moment donné le stade du règne humain et connaître sa première vie dans ce règne, puis s’y réincarner. Si vous admettez ce principe, alors il se peut que le chien ou le chat qui vous est si familier soit en cours d’humanisation…

Que l’on en soit conscient ou non, tous les êtres vivants sont interdépendants, non seulement sur le plan biologique, mais également karmique. Cela veut dire qu’en application de cette loi spirituelle, connue également sous les noms de « loi de réaction » ou « loi de compensation », le bien-être de l’humanité est conditionné entre autres par la manière dont elle traite les animaux. Pythagore l’avait parfaitement compris, puisqu’il déclara : « Tant que les hommes continueront à détruire sans pitié les êtres vivants des règnes inférieurs, ils ne connaîtront ni la santé ni la paix. Tant qu’ils massacreront les animaux, ils s’entretueront. En effet, qui sème le meurtre et la douleur ne peut récolter la joie et l’amour. »

En relation avec les remarques précédentes, je suis convaincu que plus les êtres humains respecteront et aimeront les animaux, plus ils se respecteront et s’aimeront entre eux, car ils s’ouvriront à ce que les mystiques en général et les Rosicruciens en particulier appellent « amour universel ». Parallèlement, la médecine et la chirurgie feront de tels progrès que l’une et l’autre, mettant en commun ce qu’elles ont de meilleur et de plus humaniste, parviendront à guérir la plupart des maladies pouvant affecter l’humanité. Je pense en effet qu’en application de la loi karmique, cette fois dans son aspect positif, les êtres humains en viendront à souffrir d’autant moins dans leur chair qu’ils s’emploieront à ne pas faire souffrir les animaux.

Pour clore cette lettre, je vous invite à imaginer que les animaux puissent lui répondre par une « Lettre ouverte aux êtres humains ». À votre avis, que nous diraient-ils ? Comment jugeraient-ils notre comportement à leur égard ? Que nous demanderaient-ils ? Que souhaiteraient-ils pour eux comme pour nous ? En songeant à ces questions, ayez à l’esprit que nous aurons peut-être à leur rendre des comptes dans l’au-delà, notamment à ceux qui, comme nous, ont une âme individuelle et participent à l’évolution de la Conscience universelle, telle qu’elle s’exprime sur Terre.

Dans les liens de l’amour que les animaux attendent de nous, recevez mes pensées les plus cordiales.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

> Lire l’original de ce document (Pdf)

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